Un drôle de citoyen qui privatise les bancs municipaux

-LE BANC A GOFFIN- OU
L’ARME FATALE DU SNIPER DE LA LANGUE

On passe souvent à Guillestre pour randonner dans le Queyras. Dans les années 80 particulièrement.

Un matin d’été j’ai vu que ma collection de photos de bancs allait s’enrichir d’un intéressant spécimen ;

Un modèle réduit à la lettre h minuscule flanqué d’un platane au format baobab et du coercitif panneau de stationnement de la petite place du marché, et enfin occulté par l‘automobile d’une cliente du pressing. La conversation était évidente. La jeune femme qui sortit de sa voiture des vêtements aux bras me dit :

– Oh ! Je vois que je gène pour une photo, je recule ma voiture

Je lui avouais

-Voilà à Guillestre ma 2001 ème photo de banc et le plus beau des sinistrés…

– Je vais vous dire Môssieur, c’est le banc de Goffin, enfin il est municipal, mais Môssieur Goffin y passe tout son temps pour vitupérer sur tout le monde surtout les jours de marché où il peut interpeller les touristes. Enfin les gens en on eu mare
et cette nuit ils ont cassé le banc pour la 3ème fois . Une peste môsieur ! ! Si vous repasser à Guillestre vous le trouverez facilement, la quarantaine, chemise et short blanc, un canotier et une canne. Adieu môssieur et bonne rando …

Cinq années plus tard

Cinq années plus tard en redescendant sur Vallouise , retour à Guillestre pour les emplettes du soir . Mon épouse me dit :

– Voilà quelqu’un qui ressemble à ton Goffin.

Canotier, vêtements blancs, la canne, pas de doute c’était bien mon bonhomme et je me suis avancé vers lui et improvisé un dialogue à partir des bancs de Guillestre. En quelques secondes Il a flingué les élus et m’a propulsé  conseiller municipal. Puis pour conclure, d’un ton chagrin…
– ici personne ne m’aime. Je suis gendarme à la retraite …

Malgré du renfort pour prendre congé il m’a fallu une heure pour m’en échapper.

Cinq années plus tard pour l’achat d’une pellicule photo il faut s’arrêter à Guillestre et pour cela trouver un magasin . Par bonheur un nouveau photographe s’était installé en périphérie du village. Point de problème de stationnement, sobre boutique où s’expose
du matériel à satisfaire l’amateur exigeant, sur les murs des clichés de neige assez convenus, mais techniquement irréprochables.
Sur le point de quitter le photographe avec dans les poches les ektas qui me manquaient je lance…

– Avez vous des nouvelles d’un citoyen nommé Goffin ?

– MALHEUR !! Ne me parlez pas de ce sinistre. Je viens d’arriver ici et ma boutique à peine ouverte je vois entrer un type à la tignasse hirsute qui me dit :

– Faites moi une photo d’identité je vous prie

Je lui tends un peigne, lui indique une glace et j’ajoute…

– OK mais, peut être après une petite amélioration…

– Non pas besoin, une photo comme ça, du naturel..

J’insiste puis je plie. Et bien vous ne savez pas ? Le lendemain sur le marché, assis sur un banc, son portrait en main il interpelle les gens en leur disant « Regardez moi cette photo minable. C’est le nouveau photographe qui fait ce travail de sagouin »

UNE PESTE monsieur !

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